Vénérable Madeleine Delbrêl, « poétesse, travailleuse sociale, mystique »

Un article du mensuel Femmes Église Monde de L’Osservatore Romano de juillet 2020 retrace la vie de Madeleine Delbrêl (1904-1964), « poète, travailleuse sociale, mystique » française, dont la cause de béatification a été ouverte par le diocèse de Créteil, est arrivée à Rome et est aussi souhaitée par les autorités civiles locales. On attend le « miracle » qui confirmera « du ciel » la sainteté de sa vie.

En 1933, elle s’installe avec quelques amies dans la banlieue ouvrière d’Ivry-sur-Seine, seule municipalité communiste de France. Là elle passe toute sa vie aidant les souffrants, annonçant l’Évangile et composant ses nombreux ouvrages, souligne L’Osservatore Romano.

Madeleine arrive dans cette ville habitée par la classe ouvrière quand elle choisit – selon ses propres paroles – « d’être volontairement de Dieu ».

Avec quelques amies, Madeleine s’installe au n ° 11 de la rue Raspail et fonde un groupe qui s’appelle « Charité de Jésus » et est composé de laïcs sans lien institutionnel dont la mission est d’être dans la rue, aux côtés de personnes qui souffrent, les aider, devenir leurs amis, les accueillir à la maison.

Contre la pauvreté et l’exploitation, lit-on dans l’article de Ritanna Armeni, les alliés de Madeleine sont les communistes. Contre le marxisme, « elle mène une lutte serrée au nom du christianisme et de Dieu, sans haïr ceux qui l’ont soutenu » : « Jésus nous a dit d’aimer tous nos frères et sœurs, rappelle Madeleine. Mais il n’a pas dit « sauf les communistes ». »

Madeleine est officiellement l’assistante sociale de « la municipalité rouge, dirigée par les communistes, en réalité, écrit Armeni, c’est bien plus: un point de référence, une guide, une compagne des pauvres ». Il y a la guerre et la fin de la guerre, les pauvres, les réfugiés, les sans-abri, les enfants sans école, les malades sans hôpitaux. « Elle et ses sœurs se consacrent à soulager la souffrance et les inégalités. Ivry devient un laboratoire de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. »

Cependant, pour Madeleine le chemin vers Dieu n’était pas facile. Issue d’une famille bourgeoise et ouvertement athée, jeune elle écrit des poèmes nihilistes et dit en colère « Dieu est mort, vive la mort ». Vers l’âge de 20 ans, elle se convertit brusquement : elle-même dit que sa conversion a été « violente ». Comment cela s’est-il produit, pourquoi? On ne sait pas : « C’est Dieu qui la trouve et ne l’abandonne jamais. »

Parallèlement à son travail social, elle continue à écrire : « C’est incroyable la quantité d’œuvres de Madeleine, les sujets traités: méditations, poèmes, traités », note la journaliste.

Lorsque son livre Ville marxiste, terre de mission sort, Madeleine le remet au maire adjoint d’Ivry avec une dédicace suivante: « À Venise Gosnat, dont j’ai été une mauvaise élève dans le marxisme, mais dont je suis aussi une amie fidèle, respectueuse de sa bonté et de sa générosité concrète, j’offre de tout cœur ce livre, c’est certain que s’il ne l’approuve pas, il comprendra. »

Madeleine Delbrêl décède subitement à sa table de travail le 13 février 1964, à l’âge de 59 ans.

Le 26 janvier 2018, le pape François autorise la Congrégation pour les causes des saints à promulguer le décret reconnaissant les vertus héroïques de Madeleine Delbrêl, lui attribuant ainsi le titre de vénérable.